De la confusion des débats à la confusion des idées

Publié le par Fouquier-Tinville

Dans la catégorie "lubie politique utile pour la com", nous avons ces temps-ci la mise au goût du jour des fantasmes gauchistes de la démocratie directe soviétisante (certains aiment mieux le côté racines athéniennes, mais c'est tout aussi mythique comme modèle) : la démocratie participative, soit la participation des citoyens à l'élaboration des décisions qui les concernent...

Je sais, mon opinion peut paraître partiale et caricaturale. Toutefois, quand on y réfléchit bien, quelles sont les conditions exigées par cette nouvelle formule politique :
    - une majorité des citoyens viennent participer : on sait bien que c'est faux, la plupart n'ont pas le temps, ni la volonté (à cet égard, l'exemple athénien est instructif : au 4e siècle avant JC, on était obligé de prévoir des mesures coercitives pour que les citoyens  viennent participer aux choix de la cité)
    - cette masse des citoyens doit représenter les autres : pourquoi accepter de ces assemblées participatives ce qu'on remet en cause pour les sondages pour lesquels les instituts font quand même l'effort de créer des panels représentatifs ? Au mieux, les citoyens seront des retraités, des mères de famille riches (pour faire garder les enfants par ailleurs), des cadres en RTT (faites que les réunions aient lieu le vendredi), des profs (non, ça ne sera bientôt plus valable, et puis c'est pas évident que corriger en même temps ses copies)... Et au pire, des représentants d'association pouvant se muer rapidement en véritables lobbies !
    - les présents doivent avoir étudié suffisamment le dossier pour comprendre non seulement la situation, mais aussi les enjeux (cachés ou non) : voilà un deuxième écrémage qui écarte ceux qui n'ont pas le temps, ni la volonté ! Vous remarquerez que je me garde bien d'écarter pour raisons intellectuelles : les inégalités à ce sujet peuvent être compensées par le temps et la volonté, justement...
Quid de l'intérêt général dans tout ça ? Il faudrait que toutes les personnes présentes soient des citoyens éclairés, conscients de leur mission : choisir pour le bien du plus grand nombre, et non en fonction de leur propre expérience ! Faire d'une situation particulière une généralité est rarement une bonne idée...
    - enfin, les questions doivent être bien posées pour que le débat et la délibération donnent un résultat : ces réunions sont fréquemment un prétexte électoraliste où les élus font semblant de demander l'avis et finissent par choisir l'option qu'ils avaient déjà préemptée, le débat reste donc flou et frustrant dès que l'importance de la décision augmente (d'ailleurs, la mesure phare de démocratie participative de Ségolène Royal est l'utilisation d'une partie du budget alloué par la Région aux lycées : rien d'impressionnant !).

Attention, je n'en tire pas pour autant un satisfecit pour notre démocratie représentative, qui a les mêmes problèmes de représentativité, mais les solutions d'amélioration existent : le non-cumul des mandats (y compris dans le temps) permettrait le renouvellement de la classe politique, l'élection sur des listes nationales avec une dose de proportionnelle des députés en ferait des véritables représentants de la Nation au lieu d'être les gardiens d'intérêts particuliers (selon la circonscription : voir par exemple les députés des lobbies vinicoles)...

En attendant ces réformes, nous sommes donc rentrés dans une campagne électorale participative selon les voeux de la candidate socialiste : après les tests réalisés sur le site www.desirsdavenir.org pendant la campagne interne du ps, voici les forums participatifs lancés dans toute la France pour dénaturer progressivement le projet adopté en juin 2006 par les Socialistes.
Pour cela, Ségolène a souhaité organiser les débats selon 4 thèmes que voici :

1) « l'éducation, la formation professionnelle et l'emploi »
2) « les violences, les insécurités et la précarité »
3) « le pouvoir d'achat » (rebaptisé depuis en « la vie chère »)
4) « l'environnement et le codéveloppement »

Et, voilà comment une mauvaise introduction des débats mène à une confusion des idées :
    - comment séparer la question de l'emploi de celle du pouvoir d'achat ?
    - comment séparer la question des violences de celle du pouvoir d'achat toujours ?
    - comment séparer la question de la précarité de celle de l'emploi ?
    - comment éviter que l'environnement ne reste une question annexe du débat politique si on ne la relie pas aux problèmes d'éducation et d'emploi, sans oublier la vie chère (qui mange mal si ce n'est celui qui ne peut consacrer beaucoup d'argent à des aliments "bio" ?) ?

Verdict : la communication, ça peut servir à gagner, mais quand on a gagné, qu'est-ce qu'on fait ?

Sentence : va falloir se remettre sérieusement au boulot !

Publié dans Tiens ta gauche !

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